Extrait de "L'abus"
Dernière mise à jour : 4 sept. 2025

Elle me claquait la tête. Une main de chaque côté, et ça claquait. Il me semblait que ça n’en finirait jamais. « Tu l’as fait, hein ? Tu l’as fait ? Réponds-moi ! Dis-moi ! Tu l’as fait ? » J’étais terrorisée. Elle avait trouvé et lu mon journal intime. À partir de ce jour-là, elle savait. Elle savait ce que j’y avais écrit. Ni plus ni moins. Je me souviens parfaitement du jour où j’ai confié « ça » à mon journal intime. J’avais besoin de le dire à quelqu’un, mais je ne le pouvais pas. Alors, j’ai écrit. Assise sur mon lit, j’ai très longuement hésité à tout coucher sur le papier. Que se passerait-il si quelqu’un finissait par le lire ? Elle me répétait cette question en boucle : « Tu l’as fait, hein ? Tu l’as fait ? T’as couché avec lui, hein ? » Plus elle me le demandait, moins j’étais capable de lui répondre. S’il y avait un moyen d’ancrer en moi un sentiment de culpabilité, c’était bien celui-là. Probablement sans le vouloir, elle m’a fait croire que j’étais coupable de ce qui m’arrivait. Sa violence, aussi physique que verbale, me montrait bien à quel point tout cela était de ma faute et combien tout ce que j’avais fait était mal. Ne lui dis pas surtout, ne lui dis pas. C’était un sentiment déjà bien connu pour moi, la culpabilité. Comment pouvait-il en être autrement ? Quand votre mère vous demande si vous avez « couché avec lui » ; quand, âgée de quatorze ans à peine, vous écrivez une lettre à l’un de vos profs, lui expliquant que vous croyez être tombée amoureuse de lui… Comment ne pas penser que ce qui s’ensuit est de votre faute ? C’est moi qui ai écrit, c’est moi qui ai dit ce que je ressentais, et voilà les conséquences.





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